Cocaïne, cannabis et armes de guerre : « Rouquin » condamné à six ans de prison

Ce malfaiteur de 40 ans dirigeait un réseau de stupéfiants entre le Maroc et le Val-de-Marne, tout en étant soupçonné d’avoir acquis des armes de guerre. Sa défense dénonce une « cathédrale judiciaire » construite sur « quelques pierres », après trois années d’investigation.

Eddy L., dit « Rouquin », 40 ans, a été condamné ce mercredi soir par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de six ans de prison pour trafic de produits stupéfiants et acquisition d’armes de guerre et 75 000 euros d’amende.

Ce malfaiteur originaire du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) comparaissait depuis quinze jours en compagnie de sa sœur, de son ex-femme et d’une dizaine de complices pour un trafic de stupéfiants où se mêlent des achats d’armes. Il est question de fusils d’assaut AR-15 et de pistolets Glock, mais le trafiquant soutient qu’il n’a jamais vendu d’armes.

C’est en janvier 2021 que les enquêteurs de l’Office central de lutte contre la criminalité organisée (OCLCO) reçoivent un renseignement sur un certain Eddy, dit « Rouquin ». Père de deux enfants, celui-ci travaille pour une société de transport et vit avec son épouse qui est employée par une grande société d’ameublement. Les fonctionnaires le suspectent d’être un trafiquant d’armes et passent sa vie au peigne fin grâce à leurs moyens de surveillance électronique. Ils voient passer des photographies de nombreux fusils d’assaut et d’un lot de pistolets automatiques Glock.

850 euros le 9mm,1 600 euros la kalachnikov

Sur le réseau Snapchat, un comparse fait de la publicité et diffuse un listing avec les prix : 850 euros pour un pistolet 9 mm et 1 600 euros pour un fusil d’assaut kalachnikov.
En ce qui concerne les stups, il vend du cannabis et de la cocaïne. Il semble être le chef d’une petite bande qui l’aide à stocker dans des boxes du côté de Vitry-sur-Seine et Villejuif (Val-de-Marne), et à livrer la marchandise à d’autres dealers. « Il minimise son implication, précise le procureur lors de ses réquisitions. Mais c’est bien lui qui dirige le trafic de stupéfiants. Il prend les décisions et s’occupe de l’approvisionnement même quand il est au Maroc.

À la barre du tribunal, « Rouquin » présente un crâne chauve et un menton entouré d’une épaisse barbe brune, contre toute attente. « Je reconnais en partie le trafic de stups, mais pas le trafic d’armes. » Condamné à sept reprises pour des délits routiers, des menaces, des violences et une association de malfaiteurs, le quadragénaire assure que toutes les photos
d’armes ont été captées sur son téléphone parce qu’il voulait acheter un pistolet. « Finalement, cela ne s’est pas fait parce que c’était trop cher ou c’étaient des menteurs », ajoute-t-il.

Sur les stups, Eddy refuse d’endosser le costume de patron. Il assure qu’il vendait un gramme de cocaïne de temps en temps quand l’occasion se présentait. « J’avais toujours quelques boulettes à vendre », raconte-t-il, ajoutant qu’il faisait aussi dans la vente de parfums et de voitures. Les investigations ont démontré qu’il a impliqué sa sœur et son épouse dans ces affaires. Elles ont stocké de l’argent liquide qu’elles ont envoyé au Maroc via des mandats cash ou remis à un « Saraf » (un banquier occulte) qui fait des transferts par le système de l’« hawala ».

 

Cocaïne, cannabis et ecstasy


Le 28 novembre 2022, cinq hommes et trois femmes sont interpellés à Limours (Essonne), à Clamart (Hauts-de-Seine), dans le Val-de-Marne à Thiais, au Kremlin-Bicêtre, à Villejuif et à Paris (IVe). Dans un box de
Limours et dans un second à L’Haÿ-les-Roses, les policiers découvrent une carabine Ruger de calibre 222 et deux pistolets automatiques de calibre 9mm. Ils saisissent 5 200 euros, 1 kg de cocaïne, 11 kg de cannabis, 51 g d’héroïne, 910 g de MDMA et 148 cachets d’ecstasy.

 

Les forces de l’ordre mettent aussi la main sur une presse hydraulique, des autocollants et des emballages attrayants pour fidéliser la clientèle. Eddy n’est pas là car il vit depuis le mois d’octobre 2021 à Marrakech, au Maroc, depuis sa séparation avec son épouse. Il y aurait monté une conciergerie. Il sera arrêté en décembre 2022 à son retour dans l’Hexagone. Les interceptions montrent qu’il est en lien avec ses complices, qu’il surveille la comptabilité et les stocks. Lors des débats, certains de ses comparses ont reconnu les faits,
d’autres se sont montrés moins coopératifs.

 

Une « cathédrale judiciaire » bâtie sur quelques pierres selon son avocat


Lors de sa plaidoirie, Me Ludovic Elbaz estime que le dossier doit être ramené à ce qu’il est : « Aucun trafic d’armes n’a été établi, aucune cession n’est poursuivie, les stupéfiants relèvent d’un trafic de quartier sans saisies significatives, et le blanchiment allégué se limite à des sommes modestes affectées à des dépenses de consommation courante ou de standing relatif. »


Et le conseil d’affirmer « qu’on a bâti autour de cet homme une cathédrale judiciaire, et l’on découvre, au moment de juger, qu’elle ne repose que sur quelques pierres. Pendant trois années, des moyens d’enquête extraordinaires ont été déployés pour tenter de donner corps à une hypothèse criminelle
initiale dont il ne subsiste aujourd’hui ni l’ampleur, ni la qualification, ni les conséquences pénales annoncées ».